On n'écrit rien d'intéressant qui ne soit destiné à une personne particulière. (Hans Laufcan)
Quand elle publie son premier recueil de poèmes en prose, Rénée Vivien a vingt-quatre ans. Brumes de Fjords paraît en 1902, à un moment où l'esthétique symboliste triomphe à travers toute l'Europe. Les Brumes de celle qu'on surnomma la Muse aux Violettes sont emblématiques de ce vaste mouvement artistique. Avec la mise en scène de créatures des mythologies antiques et nordiques, ou de grandes figures historiques, Renée Vivien déploie une écriture de l'invisible où règnent les fantômes, les trolls, les ondines et les sirènes, et où les paysages deviennent expressifs, acteurs de nos destinées.
Brumes de Fjords témoigne de manière spectaculaire de la quête de nombreux artistes qui cherchent à dévoiler des vérités inconnues, à offrir au lecteur un au-delà poétique et fascinant.
Le recueil de Renée Vivien est réédité aujourd'hui pour la première fois depuis 1902, il est annoté et préfacé par Victor Flori.
Le 28 août 2010.
Apparu avec la croissance exponentielle de la presse tout au long du XIXe siècle, c'est avec Eugène Sue que le roman feuilleton s'impose dans les années 1840 comme une nouvelle forme d'expression littéraire. Un demi-siècle plus tard, Jean-Louis Dubut de Laforest réalise après lui une œuvre considérable qui s'achève avec La Traite des Blanches où il montre toute sa maîtrise de cette nouvelle forme d'expression romanesque.
Comme son illustre prédécesseur, l'auteur de Trimardon inscrit les histoires qu'il invente dans la société de son temps pour en dénoncer les travers, la cruauté, ici la traite des blanches et, plus généralement, les injustices de la condition féminine. Le dernier roman de cette tétralogie du proxénétisme présente même les revendications qui se font jour dans toute l'Europe de voir les femmes disposer librement de leurs biens et de leurs salaires, ce qui sera acquis seulement en 1907.
Mais Trimardon témoigne aussi d'une prise de recul, d'une forme d'ironie de l'auteur vis-à-vis d'un genre où il est passé maître. Il s'affranchit tout d'abord du manichéisme traditionnel en imaginant des personnages particulièrement ambigus, telle Angéla Tessier, complice criminelle des œuvres des marchands de femmes, mais qui sauve les deux jumelles, Anna et Victorine Lamiral. Cette prise de distance crée un trouble qui provient aussi de l'absence de profondeur des héros positifs, si positifs qu'ils paraissent irréels. Ils sont d'ailleurs imités par la baronne et Trimardon qui feignent parfaitement leur sollicitude et leur générosité quand ils accueillent les deux Dijonnaises.
L'ambiguïté apparaît de manière flagrante à la fin du roman. En reproduisant les revendications du comte d'Haussonville, Jean-Louis Dubut de Laforest inscrit sa démarche dans le mouvement d'émancipation de la femme qui se poursuivra tout au long du XXe siècle. Mais le sort qu'il réserve aux différents personnages manifeste un véritable scepticisme, voire une forme de pessimisme. Certes, Ève Le Corbeiller et César Brantôme finissent par se marier et Fleur-de-Paris est sauvée, mais les meurtres d'Antonia resteront à jamais impunis, et les basses œuvres d'Ovide Trimardon et de son acolyte sont appelées à se perpétuer, comme s'il était impossible de mettre fin à l'esclavage sexuel que dénonce le roman.
Dans l'ensemble de La Traite des Blanches, le troisième volume, Les Marchands de Femmes, est celui qui décrit avec le plus de détails l'activité d'Ovide Trimardon et de son double féminin : la baronne Lischen de Stenberg. Ce livre nous immerge dans l'univers obscur et insoupçonné de la prostitution parisienne des années 1890.
À travers les démarches de la baronne dans les milieux les plus fragiles, auprès d'institutions recueillant des orphelins ou de familles dans l'adversité, comme celle de Raymonde Parigot, on assiste à la traque des rabatteurs de chair fraîche et juvénile au service d'appétits sexuels jamais rassasiés. Avec Les Marchands de Femmes, Jean-Louis Dubut de Laforest explique aussi comment les deux entrepreneurs du trottoir appuient leur vénalité sur une foule d'indicateurs et de détectives dont l'absence de scrupule fait leur fortune.
Le troisième épisode de La Traite des Blanches, mœurs contemporaines évoque la dimension internationale que prend le trafic à son époque et décompose les mécanismes de ce qu'il faut bien appeler un esclavage moderne.
Ainsi, l'œuvre de Jean-Louis Dubut de Laforest accompagne la prise de conscience qui se fait jour, à l'aube du XXe siècle, des ravages de la prostitution.
Les romans de Jean-Louis Dubut de Laforest font s'entremêler plusieurs intrigues qui se développent de manière autonome, s'entrecroisent, s'éloignent les unes des autres avant de se retrouver quand se produit le dénouement. Ce à quoi ils ressemblent le plus, c'est à un labyrinthe que l'on explore avec aisance et dont on sort transformé.
Son grand projet littéraire, La Traite des Blanches, mœurs contemporaines, est composé de quatre livres. Madame Barbe-Bleue est le second où l'on voit évoluer la jeune héritière Ève Le Corbeiller. Le surnom de sa « marâtre » Antonia fait d'elle l'héroïne éponyme du roman ; follement amoureuse du sculpteur César Brantôme, elle est prête à tous les crimes pour assouvir son désir.
Madame Barbe-Bleue met aussi en scène l'ouvrière Fleur-de-Paris qui se débat contre la misère ou encore la jeune Raymonde Parigot dont les proxénètes Trimardon et la baronne de Stenberg ont fait leur proie. À travers tous ces destins que l'on suit comme des fils d'Ariane dans les rues parisiennes du XIXe siècle, Jean-Louis Dubut de Laforest décrit avec une grande délicatesse les difficultés de la condition féminine de son temps. Force est de constater que la plupart d'entre elles se prolongent aujourd'hui.
L'édition 2010 de Madame Barbe-Bleue, livre 2 de La Traite des Blanches a été établie par Victor Flori.
Il y a tout juste un siècle, le 18 novembre 1909 disparaissait Renée Vivien. Âgée seulement de 32 ans, elle était devenue alcoolique depuis quelques années et c'est une ingestion d'alcool fort en trop grande quantité qui met fin brutalement à son existence.
Entamée en 1901, sa carrière littéraire s'étend sur une petite dizaine d'années. Ses premiers poèmes d'inspiration symboliste attirent l'attention des lecteurs qui apprécient leur délicatesse teintée d'érotisme. Mais ce sont certainement ses poèmes en prose qui se distinguent le plus nettement dans l'histoire de la poésie. Elle écrit d'abord Brumes de Fjords en 1902 et, l'année suivante, Du Vert au Violet où elle affirme une esthétique où la mort, le deuil et l'obscurité sont omniprésents. Dans ce livre, comme dans toutes ses autres œuvres, Renée Vivien exprime aussi un féminisme d'une audace inédite, et qui ne manquera pas de heurter le monde littéraire de l'époque, essentiellement masculin et bien-pensant. Le féminisme de Renée Vivien s'accompagne d'une revendication de son homosexualité comme jamais elle n'avait été exprimée jusqu'alors. En consacrant ses poèmes à Lilith, Sapho, Sélanna ou encore Latone et Niobé, Renée Vivien manisfeste une volonté de reconquête d'une mémoire féminine. Avec elle la poésie devient une voie possible de son émancipation et un moyen de gagner sa liberté de femme, et d'écrivain.
Victor Flori propose aujourd'hui de redécouvrir Du Vert au Violet dans une nouvelle édition, annotée et préfacée au Livre unique au prix de 7 €.
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